jeudi 5 mai 2016

Chemin de Stevenson (GR70), étape 4 : Les Alpiers (48) - Florac (48), jeudi 05 mai 2016.

Voici arrivé le jour de l'étape que je redoute le plus. Celle qui me fera franchir le Mont Lozère et le Signal du Bougès. Certes il n'y aura que deux ascension, mais quelles ascensions ! 
C'est donc au gîte Loz'air que j'ai dormi. Le petit déjeuner ne nous est servi qu'à 8h. C'est un peu tard car je m'attend à une longue journée sur le vélo, et j'aurai préféré partir beaucoup plus tôt. 

Le Mont Lozère depuis Les Alpiers.

Une fois l'excellent petit dej', à base de produits maisons et bios, avalé, je dis au revoir à mes hôtes et aux randonneuses avec qui j'ai partagé le gîte. Et je file en direction du Bleymard (1000m). Il est alors 8h25. Ce sont deux kilomètres tout en descente, avec au début de la piste puis rapidement un single avec de grosses ornières qui ont bien failli me coûter cher. Je profite de ce moment, car juste après le bourg du Bleymard, je vais me lancer dans une grimpette de 10km. Certes cela peut paraître pas trop long, mais je sais que je vais y rencontrer de belles rampes. Heureusement qu'aujourd'hui le ciel est d'un bleu intense et que le vent est enfin tombé. Bon les températures sont encore un peu fraîches.

La lourde neige de printemps a cassé de nombreux arbres.

Le Bleymard.

Le début, comme à chaque fois, est relativement clément avec moi. La pente est douce. C'est comme d'habitude, lorsque je vais rentrer dans la forêt, que les premières rampes vont apparaître. Encore une fois je vais alterner les phases de pédalages avec les phases de poussages. Mais contrairement aux jours précédents, cela sera bien plus dur. La fatigue s'est bien emparée de mon corps. Le poids du sac se fait de plus en plus sentir. Du coup il y aura de nombreuses pauses pour que je reprenne mon souffle. 
J'arrive finalement à la Station de Ski du Mont Lozère (1400m) à 10h. Je n'ai parcouru que 7,5km, et j'en ai 55 à faire aujourd'hui...







Je fais quelques photos. Je lis quelques panneaux informatifs et je repars en direction du sommet de Finiels, point culminant du Mont Lozère. Il culmine à 1699m. Encore 300m à gravir en 4km. Autant dire que je vais  en baver. Le GR est coincé entre une piste de ski et une route départementale. Il est étroit au début et plein de pierres. Rapidement la pente devient plus raide. Je vais pousser presque tout le temps. Plus je monte en altitude plus je souffre. Par moment je peux pédaler, mais bien vite je dois redescendre du bike. Désormais le GR est dans les alpages. Il suit de hautes pierres qui guident les randonneurs, les bergers et autres usagers de la montagne, par mauvais temps. Ce sont les Montjoies. Certaines sont gravées de Croix de Malte.
Je me sens de plus en plus fatigué. Je fais de plus en plus de pauses entre deux poussages. Devant moi un randonneur avance aussi avec difficulté. Par moment je m'en rapproche, mais au final nous avons plus ou moins la même allure. Je ne le rattraperai qu'au col où le GR bifurque à 90° pour monter au sommet. 
Un fois ce petit col atteint, je pose le vélo et mon sac à dos au bord du chemin (1630m). Je bois un peu. Je prend ma Gopro, mon APN et mon GPS et je me lance dans les dernières rampes qui mènent au Sommet de Finiels. Je ne peux pas y aller avec le vélo, car je me trouve alors dans le coeur du Parc National des Cévennes et les VTT y sont interdits.


En bas au loin, Les Alpiers et les tipis du gîte Loz'Air.


La forêt cède sa place à la lande.

Les remontées mécaniques de la station de ski.

La Station du Mont-Lozère (1400m).




Le long de la piste de ski.


Je suis les Montjoies.

Il reste quelques névés.





Même à pied c'est dur. Il y a d'abord un premier sommet avec un énorme cairn. Ça redescend ... oh non !!! pour remonter de plus belle. J'arrive enfin en haut. Il y a du monde. Tous sont parti à pied après être montés en voiture jusqu'à la Station du Mont Lozère voire même plus près. Ils sont bien plus frais que moi. 
La vue à 360° est époustouflante. On voit les Alpes, le Plomb du Cantal, l'Aigoual, le Meyzenc, les Cévennes, la chaîne de Puys et tout un tas de montagnes dont j'ai oublié les noms. Je reste comme un gamin là-haut à regarder le spectacle qui m'est offert. Mais je dois me résoudre à redescendre. Tout d'abord parce l'air est très sec et que j'ai très soif. Je suis monté sans mon bidon d'eau. De plus le soleil, même s'il ne fait pas chaud, tape fortement. Et enfin parce qu'il me reste encore un bon bout de route à faire. 

La montée finale vers le sommet de Finiels (1699m). Il n'y a plus de balisage. Surtout ne pas y monter en cas de mauvais temps sous peine de se perdre !


1699m.

Le Mont Mézenc et le Mont Gerbier de Jonc.

Le Plomb du Cantal.


Je retrouve mon VTT et mon sac là où je les avais laissé. Je m'assoie pendant 10mn pour souffler et boire. J'étudie vite fait le topo et mon GPS pour voir par où je vais descendre et où je vais récupérer le GR. 
Il y a un PR droit devant. Je vais le prendre, il me fera rejoindre une piste qui va me mener directement au GR au niveau de l'abri forestier de la Route Forestière des Nègres. Le PR est en fait un single technique où je me lâche un peu, mais je dois faire attention il est assez piégeux.
J'arrive à l'abri forestier. Je vais y faire ma pause déjeuner. J'ai besoin de manger, j'ai déjà brûlé un grand nombre de calories ce matin. De plus je ne me sens pas très bien. En fait j'ai fait une insolation et je me suis trop déshydraté en montant au Mont Lozère. Je ne m'en suis pas encore rendu compte et je vais continuer mon petit bonhomme de chemin après cette pause bénéfique.

Versant sud du Mont-Lozère, vue sur le Signal de Bougès et les Cévennes.


Ça descend tranquillement vers Finiels. Je traverse de superbes landes de genêts. Il y a de nombreux rochers typiques de la Margeride sur ce versant sud. Le chemin est par moment assez technique et j'y lâche les freins dès que je le peux. J'aperçois deux vautours qui tournoient. 
Après le petit village de Finiels le chemin continue sa descente, cette fois en direction du Pont-de-Montvert (880m). Le début est dans la continuité de ce que je viens de passer. Puis il se resserre pour devenir un petit sentier. 






Finiels.




Rapidement le gentil sentier fait place à un sentier très accidenté et pentu. Plus moyen de tout faire sur le vélo, c'est trop dangereux, et ma progression vers le Pont-de-Montvert en est fortement ralentie. Ce passage a bien entamé mon capital force. Je me pause au bord du pont qui enjambe le Tarn une fois arrivé dans le village. J'en profiterai aussi pour remplir d'eau fraîche mon bidon. 



Le Pont-de-Montvert.

Je sais que je vais souffrir. En descendant je voyais en face de moi, de l'autre côté de la vallée, le chemin que j'allais emprunter pour remonter vers le Signal du Bougès. Autant dire que cela m'a mis un bon coup au moral, car il est à flanc de falaise. Il monte dur vers un plateau et il est à peine 14h, et il fait très chaud maintenant. 
Allez, il faut repartir ! La montée commence en ville sur le bitume. Et après avoir franchi une barrière, le chemin commence. Il est comme pavé. Il est presque impossible de pédaler, sauf à de rares endroits. Tant pis je pousse. Et cela va durer un moment. Je vais faire 1,7km en presque 1h. Je suis passé de 880m à 1100m. Je vous laisse calculer le pourcentage de la pente. 





Bon il faut dire que l'effort en valait la chandelle. J'arrive sur un plateau magnifique : La Charm de l'Hermet. Des genêt à perte de vue, des rochers et les montagnes tout autour, dont le Mont-Lozère au nord et le Signal du Bougès au sud. 

La Charm de l'Hermet.

Les mamelons des puechs des Bondons.




Je pénètre de nouveau dans la forêt. Le chemin est roulant jusqu'au petit hameau de Champ de Long de Bougès. Mais ensuite cela va se compliquer. Je vais me retrouver face à des murs comme rarement j'en ai trouvé. La montée vers le Signal de Bougès va être mon chemin de croix, elle finira par m'achever, me vider complètement. Ma progression sera très lente. Je crois que j'ai battu mon record de lenteur en VTT sur ce tronçon. Au niveau des Trois Fayards je ferai une pause, je ne me sens pas bien. J'ai la nausée. Des randonneurs pédestres me doubleront même un peu plus tard. 

Le Champ de Long de Bougès.



J'arrive enfin au col des Trois-Fayards, à 1398m. Il y a comme un champ de cairn. J'y retrouve les randonneurs. Juste après ça redescend un peu. Je les laisse derrière moi. Une dernière côte et je suis au sommet du Signal du Bougès (1421m). Il y souffle un vent violent et glacial. J'ai remis ma veste. J'admire le point de vue mais je n'y reste pas longtemps. Il y fait trop froid. 

Cairns du col des Trois-Fayards.


Sommet du Signal du Bougès.


Je repars. C'est une descente bien pentue, large et pleine de pierres. Ça passe bien, la selle est baissée, et je négocie bien les trajectoires. Je croise des randonneurs qui montent en sens inverse. Ils souffrent à cause du pourcentage. Je les avise des conditions adverses au sommet. 
Je dois rejoindre le Col du Sapet qui va marquer le début de la longue descente vers Florac. Mais avant j'ai un secteur assez difficile à passer. En effet le chemin va se transformer en single à flanc de montagne. Il va suivre plus ou moins la crête, mais il est truffé de grosses marches, de racines et de petits rochers. J'ai l'impression de me retrouver à Fontainebleau. C'est aussi technique, et comme à Bleau il faut souvent pousser et porter. La progression en est bien ralentie, et mon état de fatigue n'arrange rien. Allez ! On se bouge et on continue ! 




Un des nombreux menhirs rencontrés sur le Stevenson.


Le Col du Sapet.


J'arrive enfin au Col du Sapet et ses menhirs. Le single redevient une large piste. Et c'est parti pour plus de 15km de descente. Ça va vite, je fais des pointes à plus de 40km/h. Jusqu'à Bédouès je ne rencontre aucune difficulté. Mais juste après Bédouès je chemin va remonter, redescendre plusieurs fois. Là s'en est trop, je n'y arrive plus. La moindre montée est un calvaire. Je tente de monter sur le vélo mais si c'est trop pentu je pousse. Je n'avance plus. Dans ma tête ça se bouscule. Si c'est comme ça jusqu'à Alès, il va falloir que j'annule ma dernière étape entre Saint-Jean-du-Gard et Alès. Ce ne serait pas raisonnable de la faire et de reprendre la voiture ensuite pour remonter à Paris dans cet état de fatigue. Bref le moral est au plus bas.




Les gorges du Tarn juste avant Florac.

La Collégiale Notre-Dame de Bédouès.

J'arrive enfin au gîte du jour, le Centre d'Accueil des Cévennes à 19h25, il était temps. J'ai une chambre individuelle, avec douche. Je me dépêche de me laver et me changer. Le repas est servi à 19h30. Le personnel du centre est aux petits soins. J'obtiens que je puisse prendre mon petit déjeuner avant leur arrivée. Tout sera prêt dans le frigo de la salle commune, et le café coulé dans un énorme percolateur. 
Il est temps d'aller se reposer. Je me masse les muscles des jambes, du cou et les épaules avec une crème relaxante que j'ai dans mes affaires. En me regardant dans le miroir, je vois aussi que j'ai attrapé un sacré coup de soleil. Je commence à comprendre pourquoi j'ai autant souffert après le Lozère ...
Allez au dodo ! Demain une autre belle étape m'attend.

Florac fut la neuvième étape de Robert-Louis Stevenson.


Les chiffres de l'étape:
55,5km
1355m de D+ 
2093m de D-
Altitude mini : 541m
Altitude max : 1699m
6h42 de vélo (11h avec les pauses)
8,3 km/h de moyenne (5 avec les pauses)
58 km/h max














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